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Réalité des artistes martiaux entre 1800 et 1900

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月龍 (Yuè Long):
Les films des « Shaw Brothers » nous ont donné de belles images sur le monde du Kung Fu qui sont parfois très loin de la réalité. Elizabeth Guo et Brian Kennedy, dans leur livre sur l'histoire des manuels d'arts martiaux ont dressé un portrait fort intéressant sur la vie des pratiquants de Kung Fu durant les années 1800. Il est mentionné que ce texte puise ses sources dans un texte paru en 2001 dans le Taiwan Wu Lin Magazine. Le texte traite de la question des gardes du corps.

Les auteurs commencent leur exposé en rappelant qu'à l'époque, la majorité des pratiquants d'arts martiaux s'en serve pour la guerre. Donc l'armée est le principal employeur des boxeurs. Ben Judkins, auteur du blogue Kung Fu Tea, mentionne dans une entrevue avec le podcast Hi-Yaa, qu'on remarque la présente du long bâton et des couteaux papillons dans une grande majorité des styles provenant du sud de la Chine (Wing Chun, White Crane, Hung Gar, Choy Lee Fut etc.). Ce sont les deux armes que les autorités utilisaient pour armer les milices. Donc il est donc logique que les pratiquants d'arts martiaux aient passé du temps à développer la maîtrise de ces armes puisqu'elles étaient communes. Tout comme des pratiquants de nos jours vont développer l'usage d'un parapluie ou d'une canne, puisque ce sont des objets que nous pouvons utiliser rapidement comme « arme de fortune ».

À la fin de la dynastie Qing, l'armée était divisée en trois groupes, l'armée nationale près du gouvernement composé majoritairement de mandchous, ensuite au niveau plus provincial avec la population han (souvent les vestiges des armées de la dynastie Ming) et enfin les milices dans les villages. C'est principalement à ces milices que nous allons porter un intérêt dans ce texte. Une bonne partie de la pratique du Kung Fu se passait dans ces milices. Le problème, c'est de savoir comment les arts martiaux étaient transmis. Dans certaines milices, le responsable était un bon pratiquant. Mais plus souvent, la pratique se caractérisait surtout par son manque d'entraînement. Notez que certains maîtres connus de nos jours sont passés par l'armée. Par exemple, Ip man a été policier pour le Kuomintang. De plus, dans la région de Montréal, nous avons l'académie Shaolin White Crane. Sifu Lorne Bernard a publié un livre, « Shaolin White Crane Kung Fu. A rare art revealed ». Dans son livre, il mentionne que le grand-maître Lee Kiang-Ke a aussi été impliqué avec l'armée du Kuomintang, comme médecin et comme professeur du Da Dao.

Souvent, dans certains villages, un ancien milicien enseignait le Kung Fu aux enfants, principalement pour les amuser, mais en gardant comme perspective qu'un jour, ces enfants auraient les habiletés pour être de bons miliciens dans le futur. Souvent l'enseignement était un « hobby » à temps partiel à l'époque. Ou un complément au métier de médecin (bone setter).

Une autre source d'emploi pour les pratiquants d'arts martiaux était les agences de sécurité privée. La plus connue étant « Hau You Biao Ju ». Sa popularité provient principalement de son propriétaire, Li Lian Ying, l'eunuque en chef de l'impératrice. Ici, les auteurs expliquent bien la réalité de ces gardes. Il y a ceux qui surveillent les propriétés et ceux qui accompagnent les convois. Si les arts martiaux prennent une place très importante dans les qualifications de ces soldats, la diplomatie et l'étiquette sont tout aussi importantes. Ces soldats préfèrent éviter toute bataille. Souvent, ils vont entretenir des relations avec les bandits. Parfois, il arrive même que ces bandits en questions soient des frères de Kung Fu, ce qui facilite les relations. De plus, les armes à feu étant accessibles, ils sont plusieurs à avoir dans leur possession un colt au milieu des années 1800. Ils utilisent des bannières et des armes très visibles (une lance, une épée, un Guan Dao) pour être vus. L'objectif est de dissuader les bandits d'attaquer ici. Avec la modernisation des transports et les armes à feu, ces agences vont commencer leur déclin au début des années 1900.

Il y avait ensuite les opéras. Certains rôles étant très exigeants physiquement, certains artistes martiaux pouvaient donc s'enrôler dans ces opéras pour gagner leur vie. Souvent les autres devenaient des artistes de rues. Ils utilisaient des mouvements impressionnants pour attirer la foule. Souvent, ils n'utilisaient pas les bons mouvements de Kung Fu, puisque ceux-ci sont souvent peu intéressants à voir pour les gens qui ne pratiquent pas les arts martiaux! Ces pratiquants étaient souvent peu respectés, au bas de l'échelle sociale. Ceux qui devenaient des criminels étaient souvent plus respectés. Il y a tout un côté romantique lié aux bandits de grand chemin qui se révoltent contre l'ordre établi.

Sources :

Kennedy Brian. Guo Elizabeth. Chinese Martial Arts Training Manuals, a historical survey. North Atlantic Books. Berkeley. 2005.

Bernard, Lorne. Shaolin White Crane Kung Fu. A rare art revealed. Académie White Crane Kung Fu. Laval. 2003.

lsd:
Merci honorable 月龍 (Yuè Long)........le fil d’Ariane kung fu  ....l'armée ......les sectes .......  les maîtres de l'ombre certains étaient  dans la triade ....yakusa .....il avaient main basse sur le fonctionnement d'un état ........en deux mots le sens du détail est important quand on fait ce genre de recherches .....et surtout le sens de la déduction à la Sherlock Holmes  :)

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